Quel drôle de sentiment m’a envahi quand j’ai franchi cette ligne d’arrivée à Millau.
21 h 22 et des poussières, ou plus exactement 1 an 21 h et 22 minutes. Oui, j’ai le sentiment d’avoir fini ce que j’avais commencé fin octobre 2009. Ce gout d’inachevé a modéré la joie de finir cet course. J’avais pourtant cru que cette ligne serait un beau moment d’émotion…
Oct 2009 : j’abandonne à Revens au km 100 l’EUT. Je reviendrais dans 4 ans, puisqu’il a lieu tous les 4 ans.
Dec 2009 : l’EUT devient annuel. Je serai au départ pour finir ma course même si le parcours ne sera plus à Nant mais à Millau
Aussi je construis toute ma saison pour cet ultime objectif, avec en palier mi-juin la translayon.
Millau le 20 oct 2010, je rejoins Michel EUGENE (Ultr’amical 86) au retrait des dossards. Le village est encore désert, des stands d’exposants sont vides et il n’y a que peu de coureurs sur le site qui ressemble d’avantage à un camp de fortune qu’à un salon de l’endurance. Les services techniques de la ville de Millau étant en grève depuis plusieurs jours, les dispositions prises par l’organisation et la ville n’ont pu être mises en place, et notamment l’ensemble des plantations qui devaient nous rappeler que courrions des Trails. De plus la ville n’était pas très accueillante avec des poubelles non ramassées depuis de trop nombreux jours.
Nous déambulons dans cette ville laissée à l’abandon à la recherche d’une pizzeria. Nous nous retrouvons 4 coureurs à cette pasta, dont un coureur habitant Poitiers (ex coureur du Pec il travaille à Mayotte). A mon grand regret il nous annonce qu’il avait laissé un message sur le forum des Templiers pour trouver un co-voiturage. Cet année je n’ailu ce forum et je m’en veux. Surtout que cet athlète est fort intéressé par l’idée de l’Ultr’amical 86. Enfin Michel et moi l’avons branché pour les 1000 marches.
21h30 je reçois le dernier message d’encouragement avant le dernier sommeil. Reveil à 2h30, je prépare mon sac et me mets en tenue. Je jette un oeil hors de la tente…le temps sera excellent. Il faut partir léger.Petit déj au camping (exceptionnel le camping fait un p’tit déj spécialTempliers en pleine nuit). Je discute avec un italien qui semble bien stressé. Moi je suis serein. Un seul objectif : finir
Je retrouve Michel devant le sasse de départ. Les bénévoles vérifient le matériel obligatoire. Une photo souvenir avant le départ.

Et puis c’est le départ : cliquer sur la photo ci dessous

Nous sommes partis dans le dernier tiers des 600 partants de cet ultra. On trottinne bien. ça avance bien sur la route qui gravi tranquillement le causse puis sur le chemin avant la première grosse montée au km 6. Tout le monde est frais et les km défilent vite.
La première descente est déjà technique avec de la pierraille et nous voyons les frêles gazelles nous dépasser alors que nous avons l’impression de descendre vite. Arrive maintenant le premier village, Peyreleau qui dans la pénombre semble magnifique avec ses escaliers et ces petits chemins. J’arrive au ravitaillement du km 23 avec 3′ d’avance sur Michel qui me rejoins mais surtout 40′ d’avance sur mon temps prévu. J’analyse rapidement la situation et considère que la partie faite était vraiment facile et que je n’ai pas grillé les cartouches. Nous repartons tous les deux dans la nuit, vers le second causse et de suite nous attaquons la montée qui se fait sur une sente très agréable. Nous profitons du lever du jour dans cet univers minéral où l’homme à tant bien que mal essayer de construire quelques habitats: Ermitages, chapelles, ou hameaux. C’est sans difficultés majeures que nous remontons les gorges du Tarn et que nous arrivons de jour au second ravitaillement de St Rome du Dolan km 37,5.
Nous prenons le temps de nous ravitailler et nous nous changeons sur un magnifique balcon. Je ne vois plus Michel, je pense qu’il est reparti avant moi. Aussi je repars tout en grignotant le pain aux céréales et fruits secs mis à disposition.Quand me rejoint Michel. Il avait fait la queue pour remplir ces bidons. Moi je l’avais fait au premier ravitaillement…il me reste encore pas mal de liquide. Nous cheminons quelques temps ensembles, et nous ramassons quelques détritus « oubliés » par quelques Trailers étourdis. (auraient ils oublié la charte du trailer)
Très vite dans la descente sur les Vignes, Michel me lâche…pourtant je croyais être un bon descendeur ? Nous coupons la route en lacet qui descend le causse. Une voiture klaxonne, je tourne la tête et je me prend un arbre. Je me dis quel C.. J’ai failli perdre ma course sur cet incident. J’en serai quitte pour un gros bleu sur le bras.
J’arrive dans le fond de la vallée. Je vois Michel sur l’autre rive du Tarn il a au moins 2′ d’avance. C’est alors que nous arrivons à la première grosse montée au km 40. Fini de jouer, les choses sérieuses commencent je reprend Michel qui fait quelques photos. Nous rattrapons une gazelle qui appuyée à un poteau de signalisation fait un grand écart vertical. A chacun ses étirements mais là je suis scotché. Nous qui commençons à avoir quelques raideurs devrions en prendre de la graine. Au prochain replat elle fera quelques pas de sioux. C’est vraiment impressionnant. On s’attend à des entrechats au suivant…On ne le saura jamais elle nous a semé. Nous arrivons sur le Causse un peu émoussé mais ravi de trouver un soleil magnifique. C’est alors que débute la partie la plus magique du parcours, nous longeons les gorges du Tarn et nous en prenons plein les yeux. Moi qui suis sujet au vertige je dois me concentrer pour ne pas perdre pied. Le vide à coté de nous est impressionnant et les panoramas sont à couper le souffle. Michel en profite pour faire le reporter. Une charmante concurrente immortalise notre passage près d’un arc de pierre gigantesque.
Les km défilent et notre horloge biologique commence à crier famine. Voilà maintenant plus de 8 heures que nous sommes à l’ouvrage et l’estomac renonce définitivement aux aliments sucrés. Moi j’arrive à la fin de ma réserve d’eau. Il est où le prochain ravitaillement ? C’est alors que Christophe Berton du CA Pictave nous rattrape et fait un bout de chemin avec nous avant de partir à l’avant.
Voilà la gaffe monumentale nous arrive pleine « tronche ». Le prochain ravitaillement est prévu à Veyreau km 64. Ouille ouille ouille, les batteries sont à plat et plus moyen de courir alors que la portion qui arrive est très roulante. Michel sans carburant, moi sans liquide nous marchons longtemps, très longtemps. En fait au km 64 nous arrivons à un point d’eau dans un petit hameau. Pour moi c’est tout bon mais pour Michel c’est la désillusion comme pour beaucoup de Trailers qui jettent l’éponge. Alors nous reprenons notre marche, mais il est où ce ravitaillement. Nous arrivons tant bien que mal au pied d’un mur. Une Montée monumentale, Michel est en hypo et moi j’ai des ampoules à éclairer les Champs Elysées. J’ai cru que Michel allait lâcher. Mais non il a le mental. En haut nous saluons un spectateur bien connu, Jean Luc SOULARD du Macc Lusignan (blessé il n’a pu prendre le départ). Et puis c’est enfin le ravitaillement au km 71. Des Trailers râlent : un écart de 7 km par rapport au tracé.
Michel en hypo est tout de suite repéré par les secouristes. Moi je me fais soigner la principale ampoule. On prend le temps de se restaurer. Il y a de la soupe. Je crois qu’elle sera notre salut pour finir cet Ultra. Nous mangeons salé, et nous buvons du cola à forte dose. Notre arrêt va durer 45′. Nous verrons passer André Siman de Poitiers, qui lui a des soucis au genou et qui marche aussi depuis des km.
On n’est pas en forme mais le mental est au beau fixe ? Le lien qui s’est créer au fil des km entre Michel et moi sera prépondérant pour finir.
Nous repartons en courant, il nous faudra plus d’une heure pour rejoindre André qui marche toujours. Je veux arriver au prochain ravitaillement avant la nuit. Ai-je forcé ? Ai-je trop forcé? En tout cas nous profitons de jour des derniers chaos rocheux.
Arrive enfin La Roque Ste Marguerite après une magnifique descente! Nous en sommes au km 85. Un coureur le matin nous avait dis que la course commençait à ce ravitaillement. Et il avait raison, nous attaquons un dénivelé énorme qui me fait mal. Le coeur s’emballe. J’avance comme sur un glacier en haute montagne, 20 cm par 20 cm, la personne qui me précède 5 m devant est déjà au dessus de moi. Le pourcentage de la pente est démentiel. Je n’en vois pas le bout. Michel me soutient mais je dois faire des pauses. Je n’en peux plus j’ai peur pour la barrière horaire, je n’avance plus. Non je ne vais pas être sorti sur une barrière. Michel me rassure nous avions beaucoup d’avance à La Roque. Je n’en suis pas persuadé mais je crois dans mon étoile et je décide pour contrer ce coup de fatigue de faire des micro sommeil 2 à 3 minutes. Cela fonctionne, je peux repartir avec un peu de jus. Michel lui se vide malgré qu’il n’avale plus rien ni solide ni eau. Ils sont beaux les Poitevins à la dérive. Tant bien que mal nous avançons. Je calcule pour la barrière même à 4km/h on doit passer.
On redescend vers le 92° km je me sens mieux ça avance enfin. Michel ne me lâche pas d’une semelle.Et puis c’est de nouveau un mur. Ils ne vont rien nous épargner, dès le premier mètre je cale. Je fais appel à mes dernières forces, 20 cm par 20 cm encore un ou deux arrêts et des micro siestes. Arrivée en haut des secouristes nous demande si nous avons vu une personne qui vomissait et une personne qui dormait…c’est nous. Ils constatent que nous marchons encore à vive allure et nous laissent filer.
Et délivrance nous arrivons au dernier ravitaillement, on a 40′ d’avance sur la barrière. Michel retrouve le secouriste qui l’avait pris en main à Veyreau. Il le somme de prendre des boissons sucrées. Mais Michel ne peut plus rien avaler depuis 20 km. On s’éclipse, je téléphone à la maison, plus rien ne peut m’empêcher d’atteindre la ligne d’arrivée…sauf accident. Je suis euphorique. Il ne reste que 10 km. On avance sur le Causse, d’une marche rapide.
Nous entamons la descente sur Millau il reste 4km100.Vient la descente de la grotte du hibou. Elle est très difficile mais elle est équipée de corde sur presque 500 m. On descend quand soudain il faut remonter dans un mur bien sûr. et la nous passons dans la grotte.
Puis nous rentrons dans Millau, il y a peu de monde à 1h30 du matin. Avec Michel on franchi la ligne en courant.
On l’a fini…nous avons trainé nos galères respectives grâce à l’autre et ce binôme a réussi à ralier la ligne parce qu’il est resté soudé.
Ce n’est pas une grande joie, juste l’impression d’avoir fini ce que j’avais commencé l’an dernier.
Maintenant si je dois faire tous les ultras sur 2 ans ce sera compliqué. Allez un petit effort et la prochaine fois je fais ma course du premier coup !!!